La Scena Musicale

Tuesday, 19 February 2008

Petite Suite Maritime (musique canadienne pour quintette à vent)

Quintette à vent Estria
Œuvres de Dela, MacDonald Gayfer, Buczynski, Papineau-Couture, Hétu
**** $$$

Estria nous arrive avec un deuxième opus consacré aux débuts du quintette à vent au Canada. Des débuts très tardifs, qui remontent à l'année 1946. Le quintette à vent aura pourtant connu ses heures de gloire en Europe dès le début du dix-neuvième siècle, avec les contributions impressionnantes de Reicha et de Danzi. Puis, au début du vingtième siècle, nombre de compositeurs d’importance, tant européens qu’américains, élargissent son répertoire : Nielsen, Schoenberg, Hindemith, Barber et Milhaud, entre autres. Les quintettes présents sur ce nouveau CD sont rapidement tombés dans l’oubli, à l’exception peut-être de celui de Jacques Hétu, qui figure à l’occasion au programme des concerts de musique de chambre. Le quintette Estria accomplit donc un travail important en dépoussiérant cette musique d’ici, d’intérêt certes inégal, mais qui mérite qu’on s’y penche une nouvelle fois.

C’est au compositeur et pédagogue montréalais Maurice Dela (1919-1978) qu’on doit la première œuvre canadienne pour quintette à vent, la Petite suite maritime. Écrits en 1946 alors que Dela était étudiant de Claude Champagne au Conservatoire de musique de Montréal, les quatre mouvements de cette suite – Esquif, Mouettes, L’Île enchantée, Coquillages – s’avèrent, sans être des chefs-d’œuvre, d’habiles compositions où les mélodies un brin jazzy flottent sur un nuage d’accompagnement léger et effervescent. Voici une œuvre de jeunesse qui, par son ludisme et sa simplicité, rappelle Milhaud. L’œuvre gagnerait cependant à être jouée avec un peu plus d’énergie.

Les pièces suivantes sont celles de compositeurs torontois pratiquement inconnus au Québec, James MacDonald Gayfer et Walter Buczynski. Rien à mentionner du Gayfer : pour tout dire, il s’agit là d’une musiquette sans réel intérêt. Le Buczynski est une œuvre courte aux touches néoclassiques, nous rappelant quelque peu la Partita d’Irving Fine par sa vigueur rythmique, sa simplicité. La Fantaisie de Jean Papineau-Couture nous laisse entendre d’intéressantes expérimentations de timbre, exploitant les registres extrêmes des instruments. On a pourtant de la difficulté à s’attacher à cette œuvre austère aux rythmes insistants et martelés.

Avec son Quintette op.13, Jacques Hétu parvient à combiner habilement les techniques tonale, modale et sérielle et à créer un univers bouillonnant, dissonant, franchement étrange même. Estria montre de belles qualités de cohésion et de virtuosité, malgré la difficulté évidente de la partition.

Quelques réticences par rapport à la prise de son réalisée par les artisans d’Atma Classique : alors que les instruments aigus (flûte, clarinette, hautbois) sont très présents et même franchement irritants parfois, le cor et le basson sont distants et souvent perdus dans la masse sonore.

-Louis-Pierre Bergeron

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