La Scena Musicale

Thursday, 9 October 2008

Puccini : Tosca

Catherine Malfitano (Floria Tosca), Richard Margison (Mario Cavaradossi), Bryn Terfel (Scarpia), Mario Luperi (Cesare Angelotti), Enrico Fissore (le Sacristain), John Graham-Hall (Spoletta), Jef Van Wersch (Sciarrone), Tom Kemperman (un geôlier), Andreas Burkhart (un berger)
Chœurs du Nederlandse Opera et Utrecht Cathedral Choirschool
Orchestre du Royal Concertgebouw / Riccardo Chailly
Mise en scène : Nikolaus Lehnhoff
Decca 0743201 (137 min)
**** $$$$

En 1953, une Maria Callas à son zénith – entourée de l'incomparable Giuseppe Di Stefano et d'un Tito Gobbi envoûtant – enregistrait la version définitive de Tosca, insurpassée depuis au plan musical, un miracle discographique (Naxos 8.110256-57). Mais depuis l'avènement de la vidéo, l'amateur qui tient l’opéra pour une œuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk disait Wagner) et qui en demande autant pour charmer l’œil que pour ravir l’oreille, peut satisfaire ce désir. Il a le choix entre une captation de spectacle monté par une maison d’opéra, et une version purement cinématographique. À cette dernière catégorie appartiennent deux excellents films : celui de Benoît Jacquot, mettant en vedette le trio Gheorghiu-Alagna-Raimondi (DVD Kultur D4010, 2001), et celui de Brian Large, tourné à Rome sur les lieux mêmes de l’action: église Sant'Andrea della Valle, Palais Farnese, château Saint-Ange (VHS Teldec Video, 1992). Si l'on préfère la représentation en salle, le présent DVD, gravé en 1998, est une acquisition intéressante. Malfitano y incarne un personnage qu’elle a beaucoup joué (y compris dans le film de Brian Large). Elle dégage le mélange de sensualité et de fragilité qu'on associe à Tosca. Moins charismatique que sa partenaire, Margison fait entendre une voix puissante qui insuffle de l'ardeur à Cavaradossi. Terfel, de son côté, campe un Scarpia de luxe, conjuguant le talent de comédien des Gobbi et Raimondi à une technique vocale supérieure. Ses altercations avec Malfitano laissent deviner une profonde connivence entre les deux comédiens-chanteurs (encore plus remarquable toutefois dans la Salomé mise en scène par Luc Bondy en 1997). Terfel incarne un vilain machiavélique, en parfaite adéquation avec l'oppressante scénographie. Lehnhoff opte pour des décors carcéraux presque kafkaïens qui ménagent peu d’issues; ainsi, l’escalier du deuxième acte se volatilise, forçant le saut final dans le vide. Et puis il y a cette immense hélice, dont le tranchant symbolise l'impitoyable cruauté du chef de la police de Rome… Il manque à cette production l’énergie qu'assure habituellement la présence du public (où est-il ?). Mais si la foule est silencieuse, l’orchestre du Royal Concertgebouw lui est éloquent, soulignant en un chatoiement de couleurs et de nuances les multiples états d'âme des protagonistes.

- Pierre Demers

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