La Scena Musicale

Tuesday, 27 October 2015

Off Jazz : un festival en accord avec son époque

par Annie Landreville



Seize ans après sa fondation par le regretté François Marcaurelle, l'Off a conservé sa mission de base: mettre en valeur les musiciens montréalais et offrir du jazz contemporain,  L'événement a su demeurer convivial et accessible pour tous les portefeuilles.

L'Orchestre national de jazz de Montréal a ouvert l'événement de belle façon. La salle était pleine et le concert, rodé au quart de tour. Avec Christine Jensen à la direction, on a pu y entendre en première partie la suite Dans la forêt de ma mémoire de la pianiste Marianne Trudel, puis un bel hommage aux compositrices après la pause avec des pièces de Carla Bley et Satoko Fujii. L'orchestre a beau être composé de 16 musiciens, tous au masculin, on avait quatre femmes à l'avant plan : les deux sœurs Jensen, Marianne Trudel et Karen Young, lumineuse.

Marianne Trudel, Karen Young et Christine Jensen – Dans la forêt de ma mémoire:

Après 16 ans, la pertinence de l'événement ne se dément pas, mais, à l'instar de plusieurs autres festivals, il est fragile. Le président, Lévy Bourbonnais avoue qu'on s'ajuste beaucoup d'une année à l'autre. Le sondage distribué à tous les spectateurs devient ici un outil de travail pour bâtir la programmation. On recherche aussi les collaborations avec d'autres organismes. Le spectacle du trio Young-Guilbeault-Provost, était d'ailleurs présenté en collaboration avec les Belles soirées de l'Université de Montréal. Six ans après Électro Beatniks paru en 2009, on lançait finalement You make me feel so young, un disque qui rassemble entre autres des standards de Lester Young, Cole Porter, Joni Mitchell et une pièce en français, Mourir pour des idées, soit Brassens revisité par ces trois grands du jazz que sont Normand Guilbeault, Sylvain Provost et Karen Young. Un moment d'émotions et de bonne humeur qui est allé chercher un tout autre public que celui que l'on peut croiser au Café Résonance.

Le Café Résonance, l'un des neuf lieux de diffusion de l'Off, est devenu, depuis 2013, le véritable pivot de ce festival, puisque deux séries quasi quotidiennes s'y déroulent, à l'apéro et en fin de soirée. C'est là que nous y avons fait les plus belles découvertes : la formation du batteur Mark Nelson, avec le superbe son du saxophoniste Mike Bjella arrive en tête de liste. Les compositions sont bien structurées, la démarche inspirée, l'ensemble concluant, sur scène comme sur disque. J'ai déjà hâte de les revoir. La saxophoniste Annie Dominique, bien entourée, avec entre autres le batteur Alain Bourgeois et le tromboniste Jean-Nicolas Trottier, nous a donné de très beaux échanges musicaux. Beaux moments aussi avec le contrebassiste Joel Kerr et l'énergique Andrew Boudreau au Fender Rhodes, un son à la fois moderne et rétro, dont on va suivre le développement.

Lancement de disques

Une douzaine de productions ont été lancées au cours de ce festival, dont 9 au cours d'un véritable marathon musical à la Casa del Popolo avec l'étiquette Multiple Cords Music. Neuf formations qui ont enregistré avec cette jeune étiquette se sont succédé sur scène donnant un bon aperçu du large spectre de créateurs réunis sous MCM : du duo Frédéric Alari/Jacques Kuba-Séguin (contrebasse et trompette) au très rock Andy King, en passant par le Rachel Therrien Quintet, qui a remporté Grand Prix de Jazz TD 2015 au Festival international de jazz de Montréal, le Mark Nelson's Sympathic Frequences, le Parc X trio, il y avait là une palette assez large du spectre jazz, de noms connus, mais surtout de nouveaux venus. Une très belle occasion de découvrir toute une génération de musiciens et musiciennes qui prend de plus en plus sa place sur les scènes locale et nationale.

Au Lion d'or, un vétéran, le saxophoniste Yannick Rieu, en a profité aussi pour lancer Da Li, un disque de facture plus rock et plus électronique, dans la foulée du Non Acoustic Project paru en 2002, mais inspiré par la musique et les chants traditionnels chinois. Plusieurs spectateurs sont sortis pendant la prestation, beaucoup plus rock que l'enregistrement, il faut le souligner. Après le moment intime et gracieux offert par le duo d'Adrian Vedady er Marc Copland, la coupure était radicale et le rendu sur scène pas tout à fait concluant. Le spectacle n'était pas rodé et visiblement, avec la direction, le saxophone et les bidouillages électroniques, Yannick Rieu en avait plein les bras. On aura sans doute l'occasion de le réentendre dans un autre contexte.

Trois grands ensembles

L'Off nous a présenté cette année trois grands ensembles, ce qui est plutôt impressionnant. Trois ensembles au profil fort différent. L'orchestre national de jazz de Montréal en ouverture, puis la soirée Jean Derome et les Dangereux Zhoms +9. Il est trop rare d'entendre Jean Derome entouré d'autant de grands musiciens de la scène des musiques actuelles et improvisées: Lori Friedman, Joane Hétu, Pierre Tanguay, Bernard Falaise. Guillaume Dostaler, Jean René etc. Un programme unique, comme tous ceux de l'année Jean Derome, dont une oeuvre composée pour les 25 ans de Traquen'Art en 2007 et une oeuvre jouée pour la première fois à Montréal écrite pour un ensemble de Toronto. Un grand moment complice avec des musiciens aguerris, habitués de jouer ensemble au sein de diverses formations. À la Vitrola, Le public a pu découvrir la formation de mes compatriotes rimouskois, le GGRIL, le Grand Groupe Régional d'Improvisation Libérée, qui en était à se deuxième visite à Montréal en quelques mois, Le groupe d'une quinzaine de musiciens avait invité le grand guitariste américain Joe Morris, qui a aussi joué en solo. La pianiste et compositrice Lisa Cay Miller a par la suite dirigé la formation avec une pièce écrite pour l'ensemble de musiciens. Un concert haut en couleurs fort apprécié par le public.

Jean Derome


L'Off a su, au fil des ans, malgré sa précarité, rester fidèle à l'esprit qui a animé sa fondation : présenter des musiciens québécois, des musiciens accomplis, comme Marianne Trudel ou Jean Vanasse, l'un des fondateurs de l'événement, et de nombreuses nouvelles voix. Aussi, peu de spectacles se chevauchent pendant ce festival, ce qui permet aux amateurs de ne rien manquer. Cependant, les déplacements entre les différentes scènes obligent à parcourir plusieurs arrondissements, ce qui est peu pratique, que ce soit en voiture, à vélo ou en transport en commun. C'est à la fois la force et la faiblesse de ce festival : le public d'un concert de Marianne Trudel en solo à la salle du Bon Pasteur n'est pas le même que celui de l'avant-garde de la Vitrola, ce qui rend la fidélisation du public un peu plus ardue. Soulignons en terminant que l'on a remis au saxophoniste Yves Charuest le Prix François-Marcaurelle 2015. 

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